7.

Alors que ma main se rapproche de la poignée de la porte, c'est l'explosion dans ma tête. Mes pensées se croisent dans toutes les directions, suivent une trajectoire qui leur est propre à chacune et détonent avec fracas contre mes tempes. C'est comme si ma cervelle était une salade de fruit passée au mixer parce qu'on n'a plus les dents pour mâcher et avaler les gros morceaux, et parfois ça fait mal.
Faire tout ce chemin pour se dire qu'en fait, on n'a peut-être pas fait le bon choix, on n'a pas pris la route correcte, et puis la prochaine fois le GPS ira se faire voir, comme un con. Qui c'est, déjà, celui-là, pour me dire ce que je dois faire? La prochaine fois, je foncerai en ligne droite, quitte à défoncer quelques murs et à abîmer la carrosserie.
J'ai peur de ce qu'il y a derrière. Je sais que tout est probablement tel que je l'avais laissé, mais je reste anxieux. Ma main tremble, mais je n'arrive pas à la contrôler. Pourquoi devrais-je partir de cet endoit pour retourner à mon point de départ, alors que je me sens enfin comme chez moi. Ca me fait penser à ces gosses qui partent en vacances avec leurs parents et qui pleurnichent pour rentrer à la maison, jusqu'à s'être fait une kyrielle de camarades, au point de ne plus vouloir s'en aller une fois la fin du mois d'août arrivée.
Mais au final, on retrouve avec un plaisir à peine dissimulé le confort de son lit bien à soi, le sourire reprend rapidement ses droits et on finit par se dire, les fesses bien calées dans le sofa, qu'on est bien, ici.
Alors c'est décidé: je retiens mon souffle, prends mon courage à deux mains, et j'ouvre la porte de moi...

# Enviado el martes 16 de diciembre de 2008 13:01

6.

Tic, tac, tic, tac... Le temps s'égrène, la vie s'écoule, suivant son cours. Son cours parfois trop court, et qui a pourtant plus de valeur que tout cours boursier sur terre. Enfin, il n'a que la valeur qu'on essaie de lui donner.
Les méandres se succèdent, les rapides s'enchaînent, le débit s'accroît sans cesse. Ma coquille de noix risque à tout moment de se fracasser contre les rochers émergeant de l'écume. Ces rochers, ils ont toutes les formes que l'on peut imaginer, un peu comme si Rodin s'était immiscé dans l'eau pour les sculpter à grand renfort d'alluvions, petits tracas du quotidien.
Tiens bon, matelot, ton rafiot est entre de bonnes mains. Oh, le travail ne les a pas encore forgées comme il se doit, mais elles ne sont pas aussi malhabiles qu'on voudrait tant le croire. Hop! Regarde, quelle dextérité! J'ai réussi ce virage audacieux sans aucun problème, et tu verras, le nouvel itinéraire te plaira.
Détends-toi, n'empoigne plus si fermement le bastingage, fais-toi confiance. Après tout, c'est toi qui souhaite continuer le périple aussi loin que possible. Le capitaine devrait de toute façon couler avec son navire si cela arrivait, alors profites-en tant que tu peux.
Voilà des jours que l'on navigue! On sont-ce des années? C'est fou ce que le temps passe vite en ta compagnie. Les repères sont tout autres également. Ton bateau s'avère finalement plus solide que nous ne l'aurions cru. Il nous amènera peut-être à bon port, un jour. Allez moussaillon, garde le cap! Tu vois ce point qui brille au loin? C'est le Bonheur...

# Enviado el lunes 24 de marzo de 2008 12:47

5.

Assis dans son fauteuil, il ne pipait mot. Son regard était perdu vers l'infini, il était dans son monde, seul avec ses pensées.
Dehors, le vent s'engouffrait dans le feuillage des arbres et le faisait frissonner. La pluie battait le carreau sans relâche depuis ce matin, comme si elle voulait le briser pour rompre l'interminable silence qui régnait dans le bureau.
Personne ne dérangeait jamais Christian lorsqu'il était dans cet état. Il était devenu habituel de le voir dans cet état, et cela semblait être un moment tellement intense pour lui, qu'on évitait tant que faire se peut de franchir la porte tant qu'il était dans la pièce.
A chaque fois, c'était avec un léger sourire qui lui tirait le coin des lèvres qu'il regagnait le salon. Il semblait alors toujours apaisé et de bonne humeur, et il entamait aisément la conversation avec qui prenait le temps de s'installer à ses côtés.
Pourtant, il n'abordait jamais tous ces sujets auxquels il songeait longuement, vissé dans son fauteuil. Ces réflexions resteront éternellement personnelles, bien qu'elles lui fassent le plus grand bien.
Qui qu'on soit et quelque soit notre âge, s'il est une chose primordiale, c'est de conserver une partie de soi-même aussi égoïstement que possible. Certains l'appellent jardin secret, Christian, lui, le nommait espace vital. Et comme il avait raison...

***

Je sais, ce texte est étonnamment court, et la chute est plus que brutale. Mais je n'ai vraiment pas le temps de faire autre chose. Tant pis, un coup dans l'eau...

# Enviado el sábado 01 de marzo de 2008 10:32

Modificado el sábado 01 de marzo de 2008 10:46

4.

Tout en prenant le temps de m'excuser de ne pas remplir ce blog aussi rapidement que je l'aurais souhaité, par manque d'imagination et de temps, je tiens à vous remercier pour l'engouement tout à fait relatif dont vous avez fait preuve. Avec seulement 190 visites ce mois-ci, je suis tout de même forcé de retourner à celui de septembre 2004 pour trouver un taux de fréquentation supérieur. Je sais que mon blog était à l'abandon, mais tout de même, c'est amusant de constater à quel point les gens sont curieux, dès qu'on annonce du nouveau...
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# Enviado el sábado 01 de marzo de 2008 09:06

Modificado el sábado 01 de marzo de 2008 10:47

3.

Je n'innove pas avec ce texte, mais j'ai envie de l'afficher ici, même si je l'ai rédigé il y a un an.

***

Tu es partie. Je vais devoir m'y résigner, tu ne reviendras plus. Jamais je ne t'avais vue entrer dans une telle furie. Pourquoi ai-je été si stupide : une dispute, des insultes, la porte d'entrée qui claque avec tellement de violence que la vitre ornant son centre vole en éclats et gît maintenant dans le hall d'entrée, puis le silence.
Je ramasse les morceaux de verre : chacun d'eux me suggère de me lacérer veines et artères jusqu'à ce que mon corps soit exsangue. Jamais je n'avais pensé que ton départ me mettrait dans un tel état. La montagne qui étincelle à mes pieds évoque en moi tout ce que nous avons vécu : quels que soient les problèmes auxquels nous ayons dû faire face et aussi tranchantes qu'en soient les facettes, notre amour s'est toujours hissé au somment sans avoir subi la moindre égratignure.
Mais aujourd'hui, c'est différent. La brise qui caressait le faîte enneigé s'est métamorphosée en tempête et l'avalanche m'a entraîné au plus profond d'une crevasse qui m'était devenue inconnue : celle de la solitude et du désespoir. La météo est changeante cet après-midi. Les flocons de neige ont laissé tomber leur costume d'un blanc éclatant pour redevenir pluie et la brume s'épaissit, je pleure et mon esprit s'embrouille. Jamais je n'aurais dû accepter de me rendre à cette soirée avec mes amis, « entre hommes », comme ils disent. Dans la légère euphorie déclenchée par l'alcool, je n'ai pas réfléchi et j'ai embrassé cette fille que je ne connaissais pas. Comment aurais-je pu savoir que ta meilleure amie était dans la salle, à quelques mètres de moi seulement ?
Quand je me suis réveillé dans le lit conjugal, j'étais seul. C'est le remue-ménage au rez-de-chaussée qui m'a attiré : je t'ai attrapée par le bras avant que tu n'emportes tes bagages bouclés hâtivement et je t'ai suppliée de me faire confiance, mais tu as préféré écouter ce que l'on t'a raconté. Tu m'as giflé et le claquement de la porte m'a sorti quelques secondes plus tard de ma torpeur.
Il était trop tard. Trop tard, il l'est également pour moi : mon inconscient a cédé à l'obscure tentation dont mon esprit faisait l'objet. Mon sang se répand lentement sur le parquet ; il crée un océan où mon âme vogue dans une ultime croisade. Un rideau rouge s'abaisse devant mes yeux et trouble mon regard : c'est la représentation finale et je n'endosse pas le rôle du héros. Mon c½ur ralentit, ma respiration faiblit, ma poitrine se soulève une dernière fois. Je n'ai aucune certitude à propos de ce que certains nomment parfois « l'autre côté », mais je suis au moins convaincu de ceci : je t'aimais.

# Enviado el sábado 23 de febrero de 2008 09:13